28 août 2009

Dénivellement de pensées.



C'est au café sous les tilleuls que nous rions de bon coeur. Cette après-midi là, nous ne sommes décidément plus que des êtres brodés d'ombres et de lumières, des attablés hagards sirotant à la paille ces vies dont on ne dit rien; l'incertitude liquide écumée au bord des lèvres ne laisse rien aux commissures si ce n'est quelques perles trop fines pour s'y contempler franchement. Sur les visages parfois, quelque chose pareil aux allures un peu mignardes d'ultimes participants au jeu du "que deviendrions-nous si". Je ne dis rien, je me demande si nous ne trinquons pas plutôt à nos esprits qui s'échauffent dans le murmure communiquant de ce nouveau rêve à vide, à ces forces qui s'agencent autour du même souffle patriote qu'aux retrouvailles, elles-mêmes. Plus tard, nous discutons sincèrement de ce qui nous anime encore, de cette fierté inexplicable, héritée de nos pères, de cet appel intérieur qui nous bat aux tempes. Nous évoquons ces milliers de nuances singulières, ces sangs, ces origines, ces destins, ces histoires des quatre coins de la planète qui sont autant en nous comme des bribes d'identité que chaque racine cagneuse ou prolifère de notre arbre généalogique. Quand nous ne parlons pas, notre silence est organique, il nous remue les entrailles. Je peux sentir aux creux de mes poings cette excitation un peu démente qu'on ne ressent qu'une fois que l'on considère que sa vie prend un sens. Je me dis alors que nous sommes certainement attablés à un tournant, en plein virage, que chacun fait semblant de ne pas le savoir, de ne pas l'avoir attendu depuis tellement longtemps. Je regarde ma paume, la ligne de vie est courte. Août s'en va, son lot de doutes n'aura pas su nous voler ces quelques promesses d'un instant qu'on a liées sans le vouloir aux troncs des tilleuls, en plein été. Nous avons bavardé encore, mes pieds ont cru fouler le sol pierreux des cités de lumière, Tel Aviv, Jérusalem, j'ai cru sentir la poussière qui s'élève des chemins, et entendre les cris des baigneurs du Jourdain. Nous nous décidons pour le bénévolat avec cette impulsivité gamine de ceux qui cherchent ici et là du sens, c'est l'image des casernes, des armes, des cuisines qui nous vient à l'esprit, et puis qui reste flotter dans l'air au dessus de nos têtes sans que la brise chaude qui se prend dans le feuillage ne puisse la balayer totalement. Plus tard dans la soirée, j'entends cette histoire de soldat ému par l'étreinte de son commandant, je regarde ces images baignées de soleil où des hommes en tenue militaire s'assemblent dans une même ferveur, il n'y a ni peur, ni haine, c'est bien différent, quelque chose d'inqualifiable, au delà de la bravoure, au delà de la détermination, quelque chose d'incertain, de beau, de tacite comme la passion pour une même Idée qu'on ne saurait à peine exprimer sans l'ébrécher. Il y a des moments de vie, comme ça, d'une extrême rareté, d'une imperceptible richesse où les hommes sont véritablement touchants. Des instants émouvants de communion entre les êtres, qu'ils soient d'ombres ou de lumières, du bon ou du mauvais côté du chemin, ces hommes là qui s'engagent à trouver ce qui est juste pour leur idéal paraissent fugitivement plus enivrants que toutes les idoles du monde.

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