Il fait silence et la grisaille se noue quelque part dans mes cheveux.
J'ai accroché des fils d'or sur mes murs pour y suspendre en équilibre des sultanes qui versent du thé en faisant des cabrioles. Je dois renouveler mes arbres de papier avec des feuilles de couleurs qui restent suspendues au vide, fidèles, même les jours froids. Je ne me suis jamais habituée à cette pièce froide, ce bureau terne, ces étagères qui donnent le vertige. Alors j'ai tout retiré, jusqu'à me séparer de ce lit-une place dans lequel je me suis sentie si petite dans l'absence. J'ai ouvert les beaux livres aux endroits merveilleux où l'on corne les pages, où l'on laisse une mèche de cheveux, une image en guise de marque page. Certaines phrases m'ont paru si douces qu'elles bordent maintenant le bas de ces murs de lamentations, assez bas pour pouvoir les déchiffrer au réveil comme d'infimes victoires sur la solide couche de nacre qui polit mes jours.
Il y a bien cet inlassable élan de vie, brut et écœurant, comme à la fin du désamour ou au début de l'enfance: un sautillement détestable, un retour désespérant à la symétrie des vagues, aux certitudes poétiques, toujours sécurisantes, un goût âpre, encore incertain. Quelque chose de flou, irrégulier, comme un corps qui se cabre, se cambre, se damnerait encore pour des vapeurs étourdissantes d'absolu. Une odeur vieillie de violettes au fond d'un vase. Simplement improbable.
A même le sol, il s'agit de faire table rase des dix-neuf années d'efforts pour tenir droit sur ses jambes, chevilles clouées à des pentes sablonneuses. Je cherche mes propres extrémités à l'horizontale, sur ce grand matelas qu'on pourrait prendre pour une pirogue. Les lumières colorées, sirupeuses dessinent avec les ombres de vaines batailles contre l'anesthésie du froid qui grise les saveurs, endort les sens, rend les corps plus frigides qu'avant dans un manque de fantaisie. Elles serpentent autour des étagères comme les perles mouvantes d'une guirlande lumineuse de petites luttes et d'insomnie. Les quatre murs blancs où se croisent comme se heurtent quelques fois les corps sans nom d’une salle de pas perdus mes angoisses déguisées sous des pourquoi muets, encavernés par ma propre censure, ces pales débuts de vérités transies, je cherche souvent à les abattre. Réduire à néant les parois effrayantes de cette étuve, salie par la buée salée des dimanches soirs de dysphorie qui assoiffent la peau et déshydratent la gorge.
J'ai beau le dire avec le sourire, je n'attends l'aide de personne. Bâtir sur des décombres insensés un début de vie secrète est largement à ma portée. Parfois au dessus de grands désastres parviennent encore à se dresser quelques pousses tendres, pas toujours de la mauvaise herbe.
Je n'attends pas grand chose, juste peut-être du vent qu'il tourne moins par surprise. Si du sol s'élèvent les plus hautes murailles, on peut bien espérer d'un peu de terre glaise et d'imagination bâtir quelques remparts. A l'endroit où s'ensevelissent des taudis de noirceur, il faudra bâtir un jardin d'hiver pour y préserver la sève de nos secrets. Y inviter de temps en temps le soleil, qu'il protège les fragiles ombelles qui recouvrent la tombe de nos regrets.
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