29 juillet 2012

A contrecœur.


Les matins sont les plus douloureux.  C’est la torpeur brûlante et le chant instinctif des oiseaux, c’est une vie qui n’en finit plus de couler avec l’abondance déconcertante des cascades impassibles. Le paradis est un cruel enfer d’indifférence.
 Je voudrais ne pas bouger, contrôler les battements des paupières, ici c’est un endroit où les volets ne se ferment pas, de jour comme de nuit, allongée sur le dos dans cette chambre qui m’a vue grandir, l’on fait corps avec l’inconstance du ciel. A l’aube, l’air est déjà parfumé de l’encens des rites païens, au loin les tambourins, les clochettes, une dame qui  verse du lait en offrande dans une coupelle vide,  c’est l’odeur du sang animal mêlée à celle des fruits.  Rivière des pluies, rivière des pleurs, combien de chagrins as-tu vu s’éparpiller entre tes eaux,  ficelés à des radeaux d’orgueil et de petites misères ?