28 juin 2017

Du jour et de la nuit, cartographie d'une désertion

 30 avril 2016

12: 03 Je n'ai pas mal, je n'ai pas peur. Je vais tenir les comptes, le journal des oscillations du cœur. Me sentir vivante, infiniment moi-même et puissante dans la douleur. Le mouvement sera mon credo, l'élan mon étendard. Je veux sentir le sol sous mes pieds, les vibrations du monde remonter le long de mes jambes jusqu'au tourbillon de mon nombril, je veux le désir, l'impérieux et l'absolu désir de vivre et d'éprouver. Ressentir jusqu'au vertige, jusqu'à la chute, jusqu'au souffle coupé. Jusqu'à en avoir mal aux côtes, sentir ma poitrine se lacérer, haleter. Puisque ce sont les étapes sans point de retour possible d'une nécessaire transformation. Que le corps se cambre, tremble, sursaute et se meuve pour faire mourir chaque parcelle d'un autre qui a existé.
Je vais tenir le compte des coups portés, de l'étouffement, du mouvement invisible de la lutte et de l'oubli, de la mécanique lasse et insidieuse de l'effacement. Je vais écrire l'anatomie du désir qui agonit, tracer le schéma du péril, trouver le remède à la caresse qui manque.  Je vais remonter à contre-courant les sillons  sans fierté, salés, creusés des larmes.
Je vais exister dans ton absence, prendre inlassablement le dessus sur l'inaccompli de ton être. Me sentir infiniment plus grande, plus armée, plus courageuse pour cette vie-là.
Je vais rétablir le confortable vide et le silence serein, tendre l'oreille dès l'aube, rechercher la virginale acuité d'un regard neuf.
Je vais entretenir l'avide soif, la terrible envie d'agir et d'être au monde. Je vais mépriser en douceur l'inconstance, l'immobilisme, la désespérance dans lesquels je t'ai trouvé blotti. Je vais me souvenir aussi de l'insoutenable tiédeur et de la paralysie.
Il paraît que les adieux sont déchirants mais grande est la victoire de croire qu'il y a en moi suffisamment d'ardeur pour devenir quelqu'un meilleur que toi, que moi, que nous deux réunis.

13:17 Lorsque viendra la faiblesse, le soubresaut du manque, la lancinante aspiration d'un corps absent, souviens-toi de la solitude comme d'une force, fais-en la pierre d'angle des bâtisseurs. Prends appui sur la déception, sur la froissure de ta carte intérieure, sur le souvenir de l'intime qui crie non, qui refuse, ranime les contours du rejet qui a vibré et t'a mise sur la piste. Tu dois te défaire des habitudes mornes et découdre une à une les mailles sournoises du confort stérile, déshabiller ton corps et ton âme des souffles qui s'y sont immiscés. Prends patience et sois favorable au changement.




18:54Chevillée à ce que je connais, aux repères indéfectibles quand les pentes deviennent sablonneuses, je m'abandonne à ce qui est facile, déjà envisagée et rassurant. Et je suis du mauvais côté du chemin. Terrible est la nécessité d'accepter que ce qui s'est enfui est enfui pour de bon, irrémédiablement révolu.

1er mai 2016
9:04 A l'écoute de cette désespérante part de l'être qui s'obstine et s'entête à penser qu'une histoire doit forcément bien s'achever, je dois pourtant raviver cette sensation de sécheresse et d'aridité des émois. Ne plus être esclave des illusions séculaires, des constructions de l'esprit. Je me souviens de cette poignée de mots surannés qui sonnent creux sitôt exprimés, choc faux et discordant sur un tambour percé. Mots dissonants sur lesquels on ne bâtit rien, évaporés au moindre souffle. Je dois repenser le cours de cette histoire-là à la façon d'un échographe, contempler l'image en deux dimensions d'un amour mort-né, lâchement avorté. Rien ne se perd, tout se transforme y compris la déception. Souviens-toi du goût amer, de la gorge qui se noue, des lèvres sèches. Ne cherche pas d'explication, contemple comme un esthète la douce ironie du non-sens, imprègne-toi de l'implacable consistance de l'absurde. Renais lentement, prends racine dans la bienveillance. Eveille-toi au monde, tel qu'il est, tel que tu ne l'auras jamais choisi, et qu'encore follement tu nies.

9:48«  Le printemps s'est assis derrière les maisons ». Il s' est mis à pleurer.