Je ne veux pas écrire les angoisses sur le papier, çà adhère beaucoup moins les jours de pluies et moi je pleus, et je ne veux rien tâcher.
Les angoisses restent collées au cœur, indicibles comme les vents contre mes volets. Des petites ampoules vives, des écorchures en guirlande qui se rallument par intermittence les mauvais soirs, tard quand les couvertures sont tirées jusqu'au cou et que demain approche. Alors on en crève. La solitude. Les amants ont quitté le navire et les draps ne sont plus froissés sous leur étreinte, les souvenirs. Les monstres du plafond, des placards, des angles de couloirs.
Sous le lit, nos vieilles lettres parfumées, comme deux amants anachroniques qui se fichent de vivre à contre-temps et en rient., et des larmes, oh quelques flaques intaries et des longues insomnies sur l'oreiller. Tu parcours la chambre, tout doucement pour ne pas réveiller l'amante farouche et silencieuse, recouvert d'ombres et de nudité. Tu penses à tout, surtout à rien, et tes mains qui virevoltent ici et là, qui caressent les veinures des murs bleus encore et te pose sur les coffres de papier, les carnets à histoires et les livres qui tournent le dos. Les sentiments. Elle s'attache aux hommes un peu toujours tard mais toujours un peu trop. Tu n'en sais rien, mais elle ne dort pas. De dos, la peau vermeil éclairée par les rayons mielleux qui s'infiltrent par les interstices, tu sais, je n'en suis pas revenue, de nos jeux de clairs obscurs et de notre boîte à musique fiévreuse. Dehors il fait jour, et on s'en moque, on dit que les amants savent prolonger les nuits. Elle t'observe, elle te croque, elle te peint, elle t'aime frénétiquement.
Le lit était vide, t'avais hissé les voiles juste pour quelques minutes et les démons me hantaient déjà. Dehors il ne fait ni jour ni nuit, la vie n'a pas l'odeur du jasmin, ma théière est vide et les tasses, sous le lit. Ces éternels combats de l'insensé entre vide et plein. Je ne sais pas si le vent cogne ou s'il gémit, s' il violente ou pardonne et soupire puis s'en va. Je ne sais plus les jours et je perds les heures comme un collier de perles qui s'égrène sans qu'on puisse mettre assez vite le bout des doigts sur les extrémité du fil. Ce qu'il me reste, ce sont ces corps avachis, recroquevillés, vides et dévastés qui ne pèsent guère que le poids du souvenir, de l'encre et de l'angoisse. Des fantômes que je fais déambuler dans cette chambre noire et qui ne font plus frémir les draps , qui luttent à peine contre l'oubli. Et c'est la pénombre, le vertige, et ma tête au creux de ton cou qui tend l'oreille et n'entend plus très bien les râles de ta gorge. Même plus du tout, tu sais.
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