Il fait noir à la cuisine. Ma tête tourne au fur et à mesure que se vident les verres. L’alcool brille au fond des yeux. Je n’ai pourtant rien bu.
On se dit tous doucement adieu.
Me reviennent à l’esprit les paris stupides de quand j’étais gamine. Observer sans ciller l’ébullition dorée des alcools pétillants jusqu’au flou éclatant des bulles. Echouées en silence. Ecueils grisés à la surface lisse des coupes. Les au revoirs sont-ils combien de naufrages silencieux.
Ca parle de silence, puisque chacun se tait quand il faudrait hurler et aux fins fonds des têtes, le silence est un traître.
Bientôt, il pleut à fait tanguer des forbans sur les rives. Le ciel se déchire, ivre d’incandescence rougeoyante. Le ciel, même sans palabre, ose sortir sans masque. Dans nos têtes, nos refrains écoeurants de non-dits, à l’entracte de nos spectacles du sublime. Nos émotions pudiques.
Ce soir, puisque l’averse se pare d’intense, de silence, de sublime et redouble d’effort, comme des sanglots qui n’en finiront décidemment plus, le sommeil fait aussi des siennes, ne me quitte pas l’ombre d’une paupière et pourtant. La fatigue est une farceuse qui me submerge par vaguelette. J’aime me blottir tout contre toi, les nuits d’insomnies. L’amour en pensée. Cette nuit est agitée. Les rêves ont cela d’intense qu’ils maquillent mieux nos fous sous des faux-semblants qui s’affolent aux horizons fiévreux. De l’intense en degré d’ivresse qui fait valser l’inconscient. L’autre soir, c’était un clown qui me tirait les cartes en fumant un cigare, une diva qui a perdu la voix… Et je voudrais bien de tes mains et je voudrais bien ton cœur qui bat tout contre le mien. Mes doigts qui glissent entre tes mèches, et ton torse froid, se soulève, s’enfle, comme la mer qui se retire. De l’intensité en cartouche, en réserve pour les jours sans, les jours tristes, comme autant de sourires, une kyrielle de souvenirs. Nos petites doses d’analgésiques.
Et puis, nos cœurs qui s’entrecroisent au détour d’un aéroport.
Aveuglés par leurs propres lueurs. Je ne parle pas des néons des halls qui, à côtés me semblent bien fades, on dit que la vraie lumière provient d’ailleurs.
C’est grandiose, c’est splendide même, et quand, à trop papillonner, nos yeux n’y verront plus rien, on se laisse réellement porter par le doux battement des chrysalides qui n’en peuvent plus d’attendre. De s’attendre.
Plus tard, je t’écrirais des tas de choses probablement plus sensées que nos beaux jours m’inspireront, mais mon amour, laisse moi juste encore un peu respirer au creux de ta nuque, les perles d’embruns salés et ensablés de ces récifs paradisiaques vers lesquels tu diriges tous mes esquifs. Jusqu’au déraisonnable amoureux. Jusqu’à ne plus jamais discerner les limites du fictif. Ne m'embrasse pas trop tard...
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