Ce sont les chaises pliantes sur le grand boulevard à 4h de l'après-midi, la douceur du soleil qui caramélise les regards. Sur la petite table en bois, un magazine pour filles qui passe de bras en bras. Un couple gai s'installe face aux montagnes, l'un d'entre eux se fait héler par la patronne surexcitée. Le salon de thé en plein air est bondé. On croirait qu'elle porte une perruque. Il y a des rires gênés que la fumée des cigarettes délie lentement, les cris de l'enfant à qui il manque du sommeil et le thé avait trop infusé. C'est le sucre en carrés qui fond dans le breuvage et quelques herbes éparses sur fond de porcelaine. Le verbe moudre qu'on ne sait pas conjuguer à l'imparfait. Les pupilles se dilatent jusqu'à ce que les lueurs de miel fondent tour à tour et que les tasses se vident.
Avant, c'étaient les sentiers du Roy et les escaliers qui sentent le même détergent que dans l'enfance, les maisons sur l'eau et les volets de bois clos. Le lierre qui grimpe sur les fenêtres, les cabanes désaffectées, et toujours la même douceur de sucre. Il y a dans l'air, à travers les ruelles pour la première fois empruntées les notes oubliées d'un vieux refrain, une nostalgie réfractaire qu'on s'est promis de photographier. Des palmiers qui font penser à l'Espagne et les grands yeux d'enfants de l'adulte sans âge qui te font courir à tout rompre dans les rues de Séville. Ce sont les fleurs d'oranger que tu n'as jamais vues et que tu sens pourtant. Tes pieds qui butent contre les pavés et les gloussements. Ce sont les ateliers d'artiste, les enveloppes et le papier à lettre coloré pour jouer aux épistoliers et les rendez-vous pris, le vieux magasin de carnaval et le maquillage de clown et les jongleries.
Dans la soirée, la nappe cirée à fleurs est étalée sur la moquette verte et 5 corps à même le sol les doigts dans l'argile. Les feuilles, la sirène grecque, la gargouille et la sorcière. Les pièces multicolores de la mosaïque qui se répandent. Les bougies qui sont allumées partout dans l'appartement et qu'on oublie. Les milliers de clichés et le masque de Venise. Les obsessions mort-nées et le cadran du téléphone qui ne s'allume pas, même tard dans la nuit.
Le lendemain, je n'accompagne pas C. à la gare, ce sont les bisous à tout rompre, les promesses de retrouvailles, le coeur en champ de bataille.
Les vacances sont comme le remous des vagues. L'équilibre qu'on attendait est fictif et les contours de l'écume impalpables. Nos envies, un sirop qui ne se dilue pas trop.
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