22 novembre 2009

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Je passe mes nuits de sommeil à écrire dans ma tête les lettres que je n'enverrais jamais. Je vois mes pieds glisser sur des pavés mouillés et mes mains qui cherchent en vain une boîte aux lettres pour des courriers sans adresse. Je me retourne, reviens sur mes pas, observe les visages qui eux-mêmes m'observent sans ciller. Je suis la Sans visage, la Sans adresse. Mon corps est réduit à ces mains qui glissent sur les murs, ces ongles qui crissent sur les tôles de la grisaille parisienne, ces pieds qui n'ont pas d'équilibre.
J'entends des portes qui claquent, des courses dans l'escalier. Il y un jeune homme, il attend cette jeune fille qui n'est pas moi. Il s'impatiente, regarde l'heure, la montre est si fine, transparente sur la peau laiteuse de son avant-bras. Je crois qu'il en est amoureux. Je crois que ça me déchire vraiment au bas du ventre quand je me replie sur moi-même dans un coin sombre de ma chambre d'internat pour pleurer. Ce qui me bouleverse au réveil me boulverse toute la journée. Les sensations nauséeuses réapparaissent lorsque plus tard, au téléphone, la voix de mon père me prie, me presse et finalement je pleure. Il faudrait lui raconter ces choses que je ne dis jamais et qu'il sait pourtant. C'est ce qu'il me répète à l'autre bout du combiné. Comme sur le fauteuil vert d' Hélène, lorsqu'elle me dit qu'il a pris toute la place, il est question de personnalité qui se décolle, d'amitié, d'orgueil.
Il faudrait appeler, se donner un rendez-vous nulle part, puis prendre le train. Je n'en ai pas la force. Pas après ce que j'ai découvert.

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