15 décembre 2009

En découdre

Je ne me souviens pas de cette robe verte trop grande pour moi. Tu dis qu'elle est fleurie, beaucoup trop grande. Quand tu parles de moi au passé, je sais bien qu'on a la même idée en tête, bien fixée oui. Cet air un peu abîmé, l'allure débraillée, mais le sourire flottant des enfants de sept ans pour qui avoir les genoux écorchés et quelques dents en moins est déjà un beau début de liberté. Je ne me souviens pas de cette robe, mais je n'ai aucun mal à me l'imaginer, un tissu passé de mode, passé de corps en corps qui me drape des épaules jusqu'au bas des cuisses. Héritage vestimentaire d'une fratrie de filles, moule distendu, anachronique.
Je ne sais pas bien de quelles ombres je me drape aujourd'hui, ni dans quel tissu je me prends les pieds quand je sens que ma vie n'est plus qu'un flottement. Bien sûr, il faudrait tout découdre, analyser maille par maille le texte depuis l'enfance. Les coutures ne craquent jamais pour rien.
Ta voix au téléphone, c'est un sursaut de conscience, un retour aux sources. Tu assistes mes humeurs, supportes mes sautes de boussole, tellement patiemment, toujours avec beaucoup d'affection. Et je sais que ce souvenir d'enfance te coûte un peu la fierté d'un père qui ne parle jamais au passé pour ne pas sombrer trop loin. Quand tu glisses sous mes pas mes propres empreintes, quand tu rajustes le reflet de mon miroir en me rappelant un visage, une silhouette, une envergure, je sais que tu as saisi encore mieux que moi le fil directeur de cette histoire. Tu n'en as pas vraiment l'air, et peut-être que cette idée ne vaut pas vraiment son pesant d'or, mais aujourd'hui je réalise que tu connais tes enfants presque mieux que leur propre mère.
Ce qui me saute aux yeux, c'est cette foultitude de corps dans lesquels je me cherche. Je sais que le travail est toujours à refaire, il y a toujours un décollement, un accroc. Peut-être n'a-ton jamais de corps que celui du passage. Corps médians. Ne tiennent plus qu'à un fil.

Aucun commentaire: