15 décembre 2009

Vendredi 11 décembre 2009

Lorsque je suis entrée, bien sûr, je ne t'ai pas vu d'emblée. Parfois on peut se dire que tu n'as pas la trempe de ceux qui ne jouent pas d'invisible. Tu m'as demandé de me taire, tu m'as demandé de m'asseoir. J'ai choisi le banc le plus loin,vieux réflexe d'écoliere. Mais tu ne postillonnes pas, d'ailleurs tu parles en demi-teinte, si bien que je ne sais jamais qui ne nous deux fait l'effort de se comprendre.
Il n'y avait pas d'urne à piécette, pas de bougies, pas de tronc d'arbre pour y murmurer des secrets.A toi seul tu es un peu l'arbre qui cache toute ma forêt. Juste toi, moi, quelques soupirs entre quatre murs et des raies de lumière qui perçaient par le vitrail orange.
Tu m'as vue faire cette chose surprenante, ce geste creux, un geste du vide. Posture de vent, contenance de désespoir. Je me suis couverte la tête de mon foulard, ai serré mon visage contre mes paumes. Tu n'as pas ri, tu n'as pas cillé. Mon Dieu, oui, je sais bien ce qui t'a traversé l'esprit, le monde aurait pu s'écrouler, ici et maintenant, on est si bien à deux dans le silence.
Tu as pris ma honte, mes secrets, mes promesses comme on décharge un navire arrivé à bon port. Et si mes yeux mouillaient à ton rivage, c'était par gratitude. J'entendais la rumeur étouffée des enfants qui expirent leur joie dans une cour de récré. C'était comme se retrouver quelques années en arrière, comblée, étendue sur le sable, aveuglée par l'ardeur du soleil de plomb, à l'intérieur de soi-même lorsque le temple du corps hésite entre deux états, ballotté encore par le remous des vagues dans une forme de sérénité émue. A corps et à cris, je me souviens à ce moment n'avoir voulu d'océan que le tien.
D'emblée, je ne t'ai pas vu, je ne t'ai jamais vu, tout court. Et pour mieux t'apercevoir, j'ai dû fermer très fort les yeux. On ne joue pas à cache-cache dans les chapelles.

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