18 novembre 2007

[ tisser dans l'absurde ]

Très bien, on se sert, on prend un peu de tout, si l'aquarelle des possibles nous fait tourner la tête.

C'est comme un éventail de perspectives, et de mises en abime. S'y cacher, s'y chercher. On se télescope, convergents, divergents, déformés.
Puis on se drape des choix qui s'offrent à nous, jusqu'à comprendre décemment les impostures dissimulées sous nos silhouettes encapées. Les ombres sous les fenêtres délaissées afleurent à l'instant.
Entre nous, dêmeler les noeuds de nos casse-têtes sournois. Il faut serrer plus fort les dents; camouffler vite les fragilités les plus honteuses. Mais le déguisement ne permet plus l'illusion une fois que le rideau tombe.
Craquellements des maquillages sous nos joues cramoisies. De la tristesse en poudre, du fard à détresse et du rouge à grimaces ? Et surtout, mentir par omission. Quand on joue sur la corde sensible, on essaye de conserver l'équilibre. A peu près là où le sensé flanche le plus. N'est-ce pas. ou pas tout à fait. ou peut-être pas encore, sait-on jamais. On assiste à la défênestration de nos ambitions.
Au diable, la réalité, l'alchimie nous l'a promis, on attend gentiment. Ca nous parle de transfigurations et d'autres conneries du genre. Mais on y croit dis moi.
La nuit deçà, dela nous appartient, amante. Elle nous couche elle nous enlasse. Elle nous enfante et nous disperse.Mais entre nous, toutes voiles hissées, à courir sur les ponts, d'envols et de vent qui se prend dans nos manches, c'est un tambour qui résonne jusqu'à percer les choeurs entre nos reins qui dansent.
Nos idéaux, s'ils s'en balancent, nous on s'en contrefiche. C'est clair dans nos têtes, on exècre l'idée fixe. On epouse les hasards et les incertitudes.Alors gentiment, les grands écarts, et les farandolles d'espoirs, c'est comme l'été qui s'étend dans les corolles. Les comptes à rebours ébouriffent nos pétales.
La saison des comptines est ephèmere.Tant pis.

On sait bien qu'on ne sera jamais qu'un homme de plus à la mer.

15 novembre 2007

[ Ballivernes ]


Rapport succin du dernier cours de latin.
[...]César enveloppa sa tête dans sa toge et s'en recouvrit de sorte qu'aucun de ses aspirants au trône, traitres conspirateurs, ne découvrit au moment de son trépas, l'horreur générée par la tragique vision de sa nudité. Les sous-vêtements , comme vous vous en doutez parfaitement, faisaient dramatiquement défaut chez les Romains en 44 avant Jésus-Christ. C'est donc ainsi que Jules César, illustre empereur, dans un accès de morale et de décence extrème n'exhiba pas son postérieur, même jusqu'au dernier souffle, le corps transpercé par 23 coups de lances .
Et Mr M. , autrement dit mon mentor latiniste, ( "quel grand homme") se perdit encore plus loin dans les bas-fonds de ses explications escamotées, s'attardant lourdement dans les rayons de sous-vêtements, en passant de l'évocation du caleçon masculin à celle des" sous-vêtements féminins dont on connait tous à peu près les dimensions révolutionnaires", et s'étalant de tout son long entre les pages jaunies de Germinal et les exploits grivois de Maigrat dont les victimes sexuelles exhibèrent à la manière d'un trophée de guerre, les parties génitales[...]Ciel, quand le latin c'est pas du baratin, ca reste du moins très spirituel...

11 novembre 2007

[ Gardenparty ]

Elans de vie. Laisser l'enfance infuser tiédement. S'en repâitre à grande goulée. Puis la laisser couler, couler comme un dimanche sous un ciel vésperal à lire et observer les oiseaux. Les herbes qui grattent, et les jeux de cartes. On s'en reservirait presque un deuxième verre. Mais demain, c'est école. Et Abus d'ivresse et délit de liesse ne sont pas les meilleurs alliés du lundi matin, surtout quand les devoirs ne sont pas encore faits. Il y a un géant dans ma tête qui cogne contre la paroi des tas d'idées que j'ai de plus en plus de mal à gérer. J'ai un besoin irrépréssible de lire des livres d'aventures, et surtout d'organiser un autodafé monstrueux avec toutes les copies doubles qui regorgent dans mon classeur de philo. Descartes et moi, on entretient une inimitié des plus sévères. Le fait est que çà ne va pas fort avec Jacques, le fataliste, non plus et qu'à priori, ca ne risque pas d'aller en s'arrangeant si je continue sciemment de l'ignorer sur ma table de chevet au profit de tout autre bouquin qui me fasse un tant soit peu rêver. Tant pis, je me rabats sur les potins des amis, les anniversaires tout à fait joyeux, les bretelles de soutifs qui expirent dans le bus, ou encore les crapahutations au Bénou -je n'sais où. Et là tout d'un coup j'ai bien envie de vous parler de Dorothé qui ressurgit du fin fond des oubliettes de nos cerveaux, et d'entonner à tue-tête dans toute la maison "ouh la menteuseuh elle est amoureuseeeeuh" mais je n'en ferai rien. Parce que la tension règne déjà assez bien sans moi depuis qu'Anna se met sans pudeur à torturer de sa flûte à bec je ne sais quel air méconnaissable.Le dimanche c'est décidément le plus beau jour de ma semaine.
Les monstres de ma petite tête s'organisent de chouettes pique-niques secrets.





8 novembre 2007

[ cours devant, et moi je te rattrape ]


Elle court, elle court. Ce n'est pas la maladie d'amour. En tout cas pas tous les jours. Ca n'a pas de jambes bien sûr, mais Dieu ce que c' est rapide. Elle me suit, alors je la suis. On ne sait pas très bien qui a commencé en premier. Et finalement, on se sait pas non qui poursuit qui en vérité. Ca prend de longues et sveltes enjambées. Ca fait de belles foulées aériennes. Ca met beaucoup d'élan tu sais, la vie. Comme au pentabonds. Parfois en plus gracieux. Aussi cadencée qu' une course poursuite dans les films d'espionnage, où on prend jamais véritablement le temps d'arrêter pour de bon le temps. C'est marrant, un jour, on se retrouve avec des points de côté à n'en plus finir, plié, les mains sur les hanches, le souffle coupé et le pouce bien en évidence, élevé, vers le ciel, à s'égosiller, ça et là, entre deux bouffées d'oxygène et battements de coeur, à hurler "buuuuuuuuuuuuuuuuuuut" à la vie. En souvenirs du bon vieux temps, en hommage à nos gamineries de chat perché ou de filles-attrapent-garçons. Mais elle ne s'arrête jamais, ne se laisse jamais distancer, comme une impitoyable joueuse. La vie est une mécanique espiègle. C'est elle dans les mouvements qu'on déploie sans réfléchir. C'est elle dans nos journées. C'est elle entre nos sourires. Sous les cadeaux de dernières minutes, qui se faufile dans nos excursions secretes et clandestines à Champion, entre chaque bouchée de chocolat, derrière les messes basses et les surprises en prévition, avec les fraises en sucre qui passent de main en main pendant les cours.
C'est éprouvant. C'est tous les jours un peu différent et à la fois très similaire. On réapprend à chaque seconde à tolérer la vie. A la cotoyer. A se faufiler dans la course. A reprendre le rythme. Comprendre la respiration, après les échauffements préliminaires. On la réinvente un peu. Pour ne pas se lasser de la voir filer comme une flèche. A vive allure. Sempiternellement. Jolie ritournelle. Alors on a envie de se dire quand même que s'il y a toujours de la vie, c'est qu'après tout il subsite encore quelque part un brin d'espoir pour nous. Moi en tout cas j'ai rêvé de courir longtemps.

[ dix rêves pour un marchombre ] Post it: S'en rappeler un peu plus chaque jour

Se glisser derrière l'ombre de la lune.
Rêver le vent.
Chevaucher la brume.
Découvrir la frontière absolue.
La franchir.
D'une phrase, lier la Terre aux étoiles.
Danser sur ce lien.
Capter la lumière.
Vivre l'ombre.
Tendre vers l'harmonie. Toujours.
Pierre Bottero

7 novembre 2007

[ Jane: "Alors attends moi, je te rejoins sur le toît" ]



Ma vie est une longue analepse. Il y a une écriture vaudoue, une écriture du souvenir. Quand je me mets à écrire, c'est la nuit qui s'agite, c'est une longue succession d'images du passé qui se faufilent en ombres chinoises dans la lumière des confessions. J'écris à partir du silence, des choses de l'intérieur qu'on ne dit pas en règle général. Les mots volent la sincérité qu'on dérobe aux regards en surface. Les mots ne maquillent plus les apparences. Ils les désservent. Ils les perçent. D'ici, je garde l'idée d'un endroit sans convention ni censure. Tout devient possible. Je suis invisible, je deviens invincible.
Ca sent l'été à en perdre la tête, à en couper le souffle. Dehors les grillons, la lune, et les fleurettes éveillées et odorantes du jasmin entonnent une comptine estivale familière. Quand le coeur m'en dira, je sortirai la vieille échelle derrière la cabane et je grimperai sur le toît. L'altitude est le prémice de l'envol. Respirer l'oxygène des interdits. Pourfendre l'air chaud de ses bras, battre des ailes comme les moulins, observer les ultimes lueurs des étoiles qui sommeillent pour cent ans d'éternité. Respirer les années-lumières. Nos années-lumière. Le délice des plaisirs nocturnes. C'est dans la nuit qu'on incendie ses émotions, mes monstres de nuit s'ennivrent sur les toîts dans une valse effrenée. C'est mon propre cabaret nocturne. On m'accordera bien cette danse. Alors magie, maestro.

5 novembre 2007

[ tout ira bien ]

[Postsecret ]
C'est dans l'air. Ca nous passera.
Parfois il reste cette impression folle que les jours s'enfilent les uns aux autres comme assemblage de légos tout bête pour enfants en éveil. C'est à se demander parfois si Dieu n'est pas un gosse qui fume nos jours avec la même délicatesse qu'un novice roulant son second joint. Des ronds de fumée dans les airs.
C'est fou. On pourrait presque faire le grand écart entre les différentes versions de moi tant un fossé se creuse en ce moment. Je ne sais pas pourquoi. Alors j'adopte la démarche marchombre. Puisqu' il y a toujours deux réponses à chacune de nos questions. La réponse du poète et celle du savant. L'un dira en nous emberlificotant dans ses beaux mots qu'on ne fige jamais linéairement le mouvement des âmes . L'autre nous assomera de lieux communs sur l'évolution humaine qui se distingue un temps pour s'assembler par la suite naturellement.
J'aimerais être une fille élastique. M'adapter à toute sorte de situations, des plus simples aux plus incongrues. Je crois que j'ai déposé mes repères au bas de l'escalier, comme on rend ses armes les plus fières. Et c'est l'image de la nudité des corps qui me tracasse maintenant. J'ai entendu dire que je pouvais ressembler à une femme battue qui refuse d'être touchée. J'ai détesté cette pensée. Comme je déteste celui qui l'a émise. Je crois que le corps est la tour d'ivoire des secrets les plus intimes. Je crois que la proximité des corps est déjà une violation des barrières les plus fondamentales que l'on érige entre soi et les autres. Parfois je m'arrête trop au fond des choses alors qu'elles sont plus cernables en surface. Je voudrais avoir un hologramme parfait qui ne soit pas coincé dans mes propres barricades imaginaires. Ce matin en anglais j'ai pas pu m'empêcher de penser que le désequilibre de la vie provenait d'un lourdeau assis sur la table déjà bancale de l'existence. Mr Chiesa n'y est pas pour rien. J'ai trouvé ça passablement triste.Les rires à profusion me font déchanter au lieu de me faire croire à un éventuel bonheur qui me dépasse. Je crois que je n'arrive pas à faire assez illusion. Je suis sûre que si un savant fou inventait un générateur de vérité instantanée, il suffirait d'un claquemement de doigt au dessus de chaque visage pour prouver que sous tout sourire se cache une profonde mélancolie qu'on ne sait plus très bien exprimer autrement que par le détournement des émotions.
je deteste écrire d'une traite, être aussi radicale dans mes pensées que je sais d'avance pâles et désillusionnées. Je n'aime pas ce que j'ai écrit. Je déteste ce qui ressort de cet agglutinement de mot. Une fragilité à double versant. Et je me blesse toujours sur le second, le plus incisif.
Tu sais, cette promesse d'avaler tout cru un soleil... Et bien c'est pas gagné. Je suffoque aussi dans mon scaphandrier. C'est dans l'air. C'est pas que je suis impuissante fàce à çà. Mais ça passera.