26 juin 2008

vois si nous y sommes

Je ne veux pas écrire les angoisses sur le papier, çà adhère beaucoup moins les jours de pluies et moi je pleus, et je ne veux rien tâcher.
Les angoisses restent collées au cœur, indicibles comme les vents contre mes volets. Des petites ampoules vives, des écorchures en guirlande qui se rallument par intermittence les mauvais soirs, tard quand les couvertures sont tirées jusqu'au cou et que demain approche. Alors on en crève. La solitude. Les amants ont quitté le navire et les draps ne sont plus froissés sous leur étreinte, les souvenirs. Les monstres du plafond, des placards, des angles de couloirs.
Sous le lit, nos vieilles lettres parfumées, comme deux amants anachroniques qui se fichent de vivre à contre-temps et en rient., et des larmes, oh quelques flaques intaries et des longues insomnies sur l'oreiller. Tu parcours la chambre, tout doucement pour ne pas réveiller l'amante farouche et silencieuse, recouvert d'ombres et de nudité. Tu penses à tout, surtout à rien, et tes mains qui virevoltent ici et là, qui caressent les veinures des murs bleus encore et te pose sur les coffres de papier, les carnets à histoires et les livres qui tournent le dos. Les sentiments. Elle s'attache aux hommes un peu toujours tard mais toujours un peu trop. Tu n'en sais rien, mais elle ne dort pas. De dos, la peau vermeil éclairée par les rayons mielleux qui s'infiltrent par les interstices, tu sais, je n'en suis pas revenue, de nos jeux de clairs obscurs et de notre boîte à musique fiévreuse. Dehors il fait jour, et on s'en moque, on dit que les amants savent prolonger les nuits. Elle t'observe, elle te croque, elle te peint, elle t'aime frénétiquement.
Le lit était vide, t'avais hissé les voiles juste pour quelques minutes et les démons me hantaient déjà. Dehors il ne fait ni jour ni nuit, la vie n'a pas l'odeur du jasmin, ma théière est vide et les tasses, sous le lit. Ces éternels combats de l'insensé entre vide et plein. Je ne sais pas si le vent cogne ou s'il gémit, s' il violente ou pardonne et soupire puis s'en va. Je ne sais plus les jours et je perds les heures comme un collier de perles qui s'égrène sans qu'on puisse mettre assez vite le bout des doigts sur les extrémité du fil. Ce qu'il me reste, ce sont ces corps avachis, recroquevillés, vides et dévastés qui ne pèsent guère que le poids du souvenir, de l'encre et de l'angoisse. Des fantômes que je fais déambuler dans cette chambre noire et qui ne font plus frémir les draps , qui luttent à peine contre l'oubli. Et c'est la pénombre, le vertige, et ma tête au creux de ton cou qui tend l'oreille et n'entend plus très bien les râles de ta gorge. Même plus du tout, tu sais.

5 juin 2008

mon chateau ambulant n'a pas de portes

La nuit s'est assoupie dans sa nuisette scintillante sans me livrer la moindre réponse.
C'est son petit jeu, l'indifférence céleste. J' envie un meilleur sort que celui qui réside dans l'attente hasardeuse d'une décision heureuse.
Me raccrochant à chaque atome d'enchanteresque qu'il me reste d'une enfance d'illusions et de petits bonheurs, je me suis acharnée follement à secouer, vertical, horizontal et même en biais, le flacon; aucun sens n'aura été le bon, J'ai jeté tous mes s.o.s en mer, proféré bon nombre de sortilèges et incantations inventées de mon propre chef, et frotté chaque parcelle de la petite bouteille, si des fois n'apparaîtrait pas un message. Il ne me reste plus qu'a me jeter corps et âme dans la relecture des contes des milles et une nuits; à ravaler mes larmes de gamine.
Puisqu'en tout état de cause, il a pris la poudre d'escampette, ce maudit Génie.

4 juin 2008

Bouteilles et Génie

j'ai dévidé uns à uns les flacons de parfums qui traînent sur la commode, dépoussiéré les années d'enfance contenue et de joies adolescentes, versé tour à tour les liquides colorés et les senteurs, goutte après goutte dans le trou noir du lavabo bleu comme l'Immense, jusqu'aux dernières fragrances qui expiraient une dernière fois dans l'air chaud et embué . J'ai mis à mal les certitudes, embouteillé les indécisions, mélangé les "c'est toi qui décides" aux " qui vivra verra". Dans la fiole aux questions, j'ai fait couler ton image, et derrière, ton prénom. J'y ai glissé une bêtise, ou deux peut-être, des milliers de soupirs, et pour l'équilibre alchimique quelques uns de tes fous rires, nos souvenirs, tous ceux qui pèseront dans la balance.
La nuit se charge de secouer le tout. En attendant, mon bain refroidit.

2 juin 2008

Lettera amorosa-René Char

"Lunes et nuit, vous êtes un loup de velours noir, village,
sur la veillée de mon amour."
"Parfois j'imagine qu'il serait bon de se noyer à la surface
d'un étang où nulle barque ne s'aventurerait. Ensuite
ressusciter dans le courant d'un vrai torrent où tes
couleurs bouillonneraient."

1 juin 2008

Mots de nuit à Charly, qui n'a pas fini de me hanter derrière ses allures de marchand de glaces

On est tous un peu ce fou qui palpe les seins d’une statue. Mais prends garde, tout s’affaiblit, tout disparaît. Alors navigue, tangue, jette tes filets aussi loin que possible et trompe toi mille fois d’idéal. N’offre jamais ton âme aux pirates, ton cœur d’humain, beau comme un sismographe.
Et quand tu jugeras qu’il sera grand temps de revoir du pays, fou, ne me reviens pas pieds nus.
A toi, pour toujours.

La beauté sera convulsive ou ne sera pas

" je ne suis qu'un atome qui respire au coin de tes lèvres ou qui expire. Je veux toucher la sérénité d'un doigt mouillé de larmes"