20 mars 2009

Printemps- ce que j'aime ici, c'est cette impression de divan suspendu, et j'ai le droit de tout dire.


Sur le balcon, il ne reste de la veille que les bouteilles de bières, les notes de guitare ont fondu au soleil.J'entends les voisines sur leurs terrasses respectives, c'est drôle ce que les gens sont bruyants quand arrivent les beaux jours.
J'ai déserté les cours, les livres et dénudé mes jambes.C'est insolent de lâcher prise juste au moment ou la vie reprend.
Alors que le printemps dégivre encore les dernières peines, j'attends que le soleil me brûle les cuisses.
La symétrie des balcons, on en ferait presque un titre de roman. C'est frappant comme on est tous pareils sous le soleil.
Les fenêtres sont ouvertes, le linge sèche gaiement, les fleurs pavoisent en étirant leurs corolles.C'est une question de nudité, de spontanéité fluide à étaler partout sur la peau. Il suffirait de faire pareil.
Et Mr N. qui me disait presque jour pour jour, il y a deux ans, qu'en réalité j'étais bien trop cérébrale. Il n'a jamais été autant dans le vrai qu'à cet instant.
J'ai cette fâcheuse manie de récidive.
Lorsque tout s'accélère, que les mécanismes se mettent enfin en branle, quelque chose hurle au fond de ma tête.
C'est une histoire de tempo, de métronome tyrannique qui ne me plaît pas du tout.
Ce qui me fait dire que si un jour je me métamorphosais en moment, je serais la fuite, si c'était en objet, je serais une partition et ses notes non alignées, la fugue.

Pensée pour les bêtes


Un jour, faites moi penser à apprendre la vie.
Florence, tu crains.

La mer est gelée, mon secret tari.

Des fois, je viens ici comme on retourne sur ses pas, à reculons. Pour m'assurer de ne pas oublier que certains moments peuvent être accouchés, quelques émotions extraites Pas grand chose compte tenu du marasme qui nous tient chaud à l'intérieur et nous ballote sur des eaux-vives.
Ici, c'est l'idée que je me fais d'un secret enfoui. Pas grand chose, une broutille, une goutte d'eau, une bouteille à la mer.
Vouloir être lue, c'est espérer que des lèvres étrangères s'entrouvriront un jour pour murmurer à des oreilles inconnues les secrets qui sont les vôtres. Si l'écriture avait un enjeu, difficile de l'imaginer plus vaniteux que celui-là.
J'ai parfois en moi des envies impies de secret profané. De sanctuaires piétinés.
De déchirures vives entre mon silence et celui du regard de passage.
Tout ça s'évapore bien vite. Sur la pointe des pieds.
Quelque chose me pousse à revenir souvent sur mes pas. Indécise montée. Marée basse timide. C'est un peu comme les empreintes de pieds dans le sable, difficile à dire si ce sont toujours les vôtres, si entre temps les vagues ne les ont pas effacées.

7 mars 2009

les petites cuillères de chantilly


Ce sont les chaises pliantes sur le grand boulevard à 4h de l'après-midi, la douceur du soleil qui caramélise les regards. Sur la petite table en bois, un magazine pour filles qui passe de bras en bras. Un couple gai s'installe face aux montagnes, l'un d'entre eux se fait héler par la patronne surexcitée. Le salon de thé en plein air est bondé. On croirait qu'elle porte une perruque. Il y a des rires gênés que la fumée des cigarettes délie lentement, les cris de l'enfant à qui il manque du sommeil et le thé avait trop infusé. C'est le sucre en carrés qui fond dans le breuvage et quelques herbes éparses sur fond de porcelaine. Le verbe moudre qu'on ne sait pas conjuguer à l'imparfait. Les pupilles se dilatent jusqu'à ce que les lueurs de miel fondent tour à tour et que les tasses se vident.

Avant, c'étaient les sentiers du Roy et les escaliers qui sentent le même détergent que dans l'enfance, les maisons sur l'eau et les volets de bois clos. Le lierre qui grimpe sur les fenêtres, les cabanes désaffectées, et toujours la même douceur de sucre. Il y a dans l'air, à travers les ruelles pour la première fois empruntées les notes oubliées d'un vieux refrain, une nostalgie réfractaire qu'on s'est promis de photographier. Des palmiers qui font penser à l'Espagne et les grands yeux d'enfants de l'adulte sans âge qui te font courir à tout rompre dans les rues de Séville. Ce sont les fleurs d'oranger que tu n'as jamais vues et que tu sens pourtant. Tes pieds qui butent contre les pavés et les gloussements. Ce sont les ateliers d'artiste, les enveloppes et le papier à lettre coloré pour jouer aux épistoliers et les rendez-vous pris, le vieux magasin de carnaval et le maquillage de clown et les jongleries.

Dans la soirée, la nappe cirée à fleurs est étalée sur la moquette verte et 5 corps à même le sol les doigts dans l'argile. Les feuilles, la sirène grecque, la gargouille et la sorcière. Les pièces multicolores de la mosaïque qui se répandent. Les bougies qui sont allumées partout dans l'appartement et qu'on oublie. Les milliers de clichés et le masque de Venise. Les obsessions mort-nées et le cadran du téléphone qui ne s'allume pas, même tard dans la nuit.

Le lendemain, je n'accompagne pas C. à la gare, ce sont les bisous à tout rompre, les promesses de retrouvailles, le coeur en champ de bataille.

Les vacances sont comme le remous des vagues. L'équilibre qu'on attendait est fictif et les contours de l'écume impalpables. Nos envies, un sirop qui ne se dilue pas trop.